- Nouvelles
Clés : Dans votre livre La Spirale Mystique
(traduit en France aux éditions du Chêne,
hélas épuisé), vous avouez une curiosité
innée pour toutes les formes de la nature. Quel
rapport avec la musique et les sons ?
- Jill Purce :
Jai toujours été profondément intriguée
par lorigine des formes. Enfant, je pouvais
passer des heures à regarder les tourbillons se
former dans leau. Plus tard, aux Beaux
Arts, jai poursuivi mes maîtres avec des
questions qui leurs semblaient ineptes :
Pourquoi les galaxies se déplacent-elles en
spirale ? Pourquoi retrouve-t-on ces
spirales dans les coquillages ? Et les
embryons, comment trouvent-ils le chemin vers
leurs formes définitives ? Ils ne
répondaient jamais, me prenant pour une
provocatrice. Cest vrai que les
professionnels spécialisés ne mont jamais
impressionnée.
- N.C : Pas
étonnant que vous ayez finalement rencontré le
biologiste Rupert Sheldrake, que hante ces mêmes
questions sur lorigine des formes !
- J.P :
Cest venu beaucoup plus tard, mais en
effet, jai cherché pendant des années un
biologiste comme lui. Jignorais que
jirai jusquà lépouser !
Mon héros, à vrai dire, cétait surtout
Léonard de Vinci, qui avait dit que, pour
comprendre comment les oiseaux volent, il fallait
dabord étudier les mouvements de
lair et de leau. Quel rapport avec
les sons ? Je lai compris un jour en
regardant des photos tirées du film dun
médecin Suisse, Hans Jenny, disciple de Rudolf
Steiner. Pour montrer linfluence des sons
sur la matière, il avait répandu toutes sortes
de poudres, de pâtes, de gelées sur des disques
métalliques quil faisait ensuite vibrer à
laide de sons de différentes fréquences.
On voyait alors comment, de ces matières
étreintes, amorphes, émergeaient soudain, de
façon extraordinaire, toutes les formes que la
nature crée, spirales, maillages, arborescences,
rayures de zèbres ou motifs dailes de
papillons. Quand le son changeait, la forme
changeait aussi . Ce fut un choc. Dun
seul coup, je compris toutes ces allusions au
" son primordial " que
lon retrouve dans la plupart des
traditions, vous savez : " Au
commencement était le Verbe " ou le
" Om ", ou le Tonnerre, ou
enfin toujours un son. Je décidais alors
de consacrer tous mes efforts à étudier le lien
entre les formes et les sons . Très vite,
jeus la certitude que le " son
primordial " était une voix .
- N.C : Et vous
avez décidé de prendre des cours de chant,
dapprendre enfin la musique que vous
naviez pas voulu recevoir de votre
famille ?
- J.P : Mes
premiers maîtres furent des Tibétains.
Cétait vers 1970, on mavait demandé
de moccuper dun groupe de lamas,
venus dun monastère tantrique, en visite
à Londres pourquoi moi ? Vous savez,
à l époque la spiritualité
nétait pas à la mode, nous nétions
pas nombreux ! Jappartenais alors à
un groupe soufi, et cest avec grand plaisir
que jai promené les lamas dans mon
minibus. Pendant une semaine ils ont psalmodié.
Cétait la première fois que
jentendais du chant harmonique. Je
nen suis jamais revenue
- Bientôt je donnais
mes premières conférences sur les formes et les
sons dans une école darchitecture.
Là-dessus, je rencontre mon second maître, le
compositeur Stockhausen. Je suis partie vivre
dans sa maison, en Allemagne, où, pendant 3 ans,
tous les jours , jai baigné dans les sons
harmoniques.
- Mais même avec des
maîtres aussi puissants, il ma fallu des
années avant de comprendre limportance du
son en tant, si vous voulez, que pratique
yogique. Quand enfin toutes les pièces du puzzle
se sont ajustées, jai clairement compris
ce qui se passait en moi quand je chantais. Mais
plus je chantais, plus devenait évident un
manque énorme dans notre société, et plus je
ressentais ce manque chez ceux qui ne
pratiquaient pas.
- N.C : Quel
manque ?
- Cest une
longue histoire. Il fut un temps où nous
chantions tout le temps, toute la journée, à
toutes les occasions de vie, grandes et petites,
nous chantions le matin, nous chantions la nuit,
aux champs, à la cuisine, par amour, par peur,
par jeu, pour adorer Dieu
Sur les
peintures médiévales, les gens ont souvent la
bouche ouverte : cest quils
chantaient tout le temps ! Or non seulement,
nous ne chantons plus, mais nous avons totalement
oublié que nous chantions. Quand vous prenez
conscience de cela vous sentez soudain un gouffre
sinistre à deux pas de vous. Quelque chose de
terriblement dangereux.
- N.C : Quoi
donc ?
- J.P :
Aujourdhui, toutes les disciplines
scientifiques en viennent à décrire le monde
comme un ensemble de systèmes résonants.
Cest vrai pour les atomes ou les galaxies,
mais pour nous aussi. Notre cerveau par exemple,
ressemble à un système complexe
dinter-résonances. Et bien je pense que
chanter est le seul moyen de nous accorder (au
sens daccorder un instrument de musique),
daccorder nos corps, les différentes
parties de nos corps qui sont autant de systèmes
résonants. Précisons : cette régulation
ne fonctionne que si nous nous écoutons chanter.
Chanter/sécouter/chanter forme une sorte
de circuit dattention incroyablement
efficace. Nos ancêtres savaient cela, et notre
langue est dailleurs remplie
dallusions au fait que ce qui
" sonne " bien est
authentique.
- Seulement voilà,
plus le monde sest technologisé, moins
nous avons usé du chant pour nous
" accorder ", et ce faisant,
nous avons à notre insu, progressivement perdu
un moyen unique de relier matière et esprit.
- N.C :
Pouvez-vous préciser davantage ?
- J.P : Du
simple fait quil attribuait des noms aux
objets et aux êtres, cest à dire
quil nommait son environnement par des sons
différenciés, lhomme, dès quil a
su parler dès lAdam de la Bible- a
pénétré dans la dualité : ses mots le
séparaient irrémédiablement du monde. Pour
sarracher à cette dualité et rejoindre le
tout, il lui a fallu inventer des ruses :
soit se bombarder lesprit
dinformations, pour quill ne puisse
plus penser, soit se faire entrer dans le circuit
dattantion chanter/sécouter chanter
dont je parlais à linstant, et ainsi
échapper au temps, rejoindre léternel.
Tant que lon vivait dans un monde magique
ou religieux, où il fallait absolument se
ménager la sympathie dune divinité
omnipuissante, cela allait de soi. Et toutes les
sociétés traditionnelles chantent, parce
quelles satisfont ainsi un besoin
métaphysique vital. Elles font dailleurs
du chant un véritable instrument de
création ; je crois vraiment que ni les
pyramides, ni les cathédrales nauraient pu
voir le jour, si leurs bâtisseurs navaient
pas chanté
- N.C : Suivant
certains rythmes ?
- J.P : Les
chants de travail étaient très rythmés, mais
plus important que le rythme était, je crois, le
son en soi. Dune certaine façon,
cest lui qui faisait lessentiel du
travail. A partir de la Renaissance, tout
commence à changer. Le monde devient mesurable,
prévisible et Dieu se retrouve marginalisé
comme une " hypothèse " dont
on pense de plus en plus pouvoir se passer.
Cest alors que, comme par hasard, démarre
lalphabetisation musicale : ne peut
désormais participer à la musique sociale
quune classe cultivée, qui connaît le
solfège, joue dun instrument, appartient
à une chorale
- N.C : Personne
ninterdit à quiconque de chanter !
Dailleurs le peuple continue à le faire,
non ?
- J.P : De moins
en moins. Il ne sagit plus de satisfaire un
besoin cosmique, vital, dune participation
au divin. Pour lélite, chanter devient un
art pour lart. Quant au peuple, il perd
progressivement toute tradition orale. Vous
savez, aujourdhui les gens croient ce
quils lisent, ce quils voient, pas ce
quils entendent (ce qui, au passage, rend
impossible toute Initiation, je vous dirai plus
tard pourquoi je pense cela). Bref, nous avons
définitivement quitté un monde empli de bruits
naturels, de chants doiseaux et de vent
dans les arbres, où lhomme chantait
pour un monde empli de bruits de machines où
lhomme ne chante plus.
- Des spécialistes
le font pour lui. On enregistre leurs voix sur
des cassettes que lon peut ensuite écouter
toute le journée, un walkman sur la tête. Sans
doute avec lespoir (fou) de retrouver le
son vital car, plus ou moins consciemment,
nous devinons quune mortelle surdité nous
gagne peu à peu.
- N.C : Très
trivialement, je pensais que les Anglais
chantaient encore beaucoup
- J.P : Dans
certaines écoles anglaises, les maîtres de
musique sont si anxieux de ce que donnera la
fête de fin dannée, quils demandent
aux mauvais élèves, à ceux qui chantent faux,
de faire semblant, à larrière de la
chorale, douvrir la bouche sans proférer
un son, comme en play back. Vous navez pas
idée du dégât psychologique que cela provoque.
Dans mes ateliers, je vois passer à longueur
dannées des gens à qui lon a dit un
jour quils chantaient faux et quils
feraient mieux de se taire : eh bien,
cest comme si on leur avait dit quils
navaient pas dâme ! Ils se
vivent sans âme ! Lun des derniers
endroits où même ceux-là oseraient encore
chanter comme jadis, ce sont les stades :
les matchs de foot sont lune des toutes
dernières participations chantées collectives,
et encore, ça nest
- N.C : Par
pitié, nen jetez plus ! Dites nous
plutôt comment opère la magie du chant sur un
corps ou sur un esprit humain, que nous puissions
au moins savoir ce que nous avons perdu. A quel
moment précis cette sorte de magie a-t-elle agi
sur vous par exemple ?
- J.P : Cela
sest passé dans des montagnes arides, au
Sud de lItalie. Jéditais alors des
livres sur le sens psychologique sacré de
différentes cultures, et jétais à la
recherche dun certain maître bouddhiste,
en retraite avec ses disciples dans ce coin
perdu. Je lai finalement déniché
mais les disciples mont convaincue de
rester. Jai passé là quelques semaines.
Ils chantaient beaucoup. Je me suis retrouvée
chantant avec eux, nuit et jour. Une nuit,
jétais toute seule à psalmodier au sommet
dune montagne désolée, remplie de loups,
quand soudain jai pris peur.
" Mais enfin ma fille, me suis-je dit,
pourquoi diantre fais-tu tout
cela ? ". Aussitôt, une voix
formidable ma
répondu : "Parce que çà marche,
pauvre folle ! " en même temps
que menvahissait une clarté inouïe. En
effet, çà marchait !
- N.C :
Cest à dire ?
- J.P : Voilà
une question que je ne me suis jamais posée,
tellement cest évident.
- N.C : Vous
voulez dire que, dans ces cas-là, on comprend
tout dun coup, quoi, le verbe
" être "
?
- J.P : Oh oui,
oh oui, absolument. Jétais stupéfaite,
cétait dune puissance incroyable.
Pour moi, ce fut une étape essentielle. Jamais
autant alors, je nai réalisé à quel
point notre monde offrait peu
dopportunités de chanter ainsi.
- N.C :
Pardonnez-moi, mais je ne comprends toujours pas
très bien. Si cest le fait démettre
des sons qui importe dabord, ne le
faisons-nous pas à chaque instant en
parlant ?
- J.P : Je
nai compris la vraie différence entre
langue parlée et langue chantée que plus tard.
Pourquoi la première est-elle si peu magique et
la seconde tellement ? Cétait
évident mais je ne le comprenais pas. Pourtant
toutes les traditions le disent : les
voyelles sont sacrées ! Voyez-vous, toute
langue est constituée dune combinaison de
voyelles et de consonnes. En prononçant une
voyelle, vous créez un son pur,
aaaaaa,ouuuuuu,iiiiiiiii. En prononçant une
consonne, vous coupez ce son pur, èèèèèT,
ooooM, aaaaaaaP. Chaque consonne représente une
façon spécifique de couper les sons purs, de
les ponctuer. Les Egyptiens en avaient tiré une
conclusion remarquable. Sur des papyrus datant
des Ptolémées, on a retrouvé des prières
disant par exemple : " Seigneur,
je tappelle, je te loue, je te prie, je
chante ton nom
" et
cétait suivi de la transcription des 7
voyelles grecques (puisque les Ptolémées
venaient de Grèce). Les juifs ont repris cette
découverte. Pour eux aussi, le son des voyelles
représentait Dieu. Du coup, ils
sinterdirent de les écrire. Parce
quécrire, cest limiter. On ne limite
pas linfini. Les voyelles étaient
sacrées, magiques, donc non transcriptibles.
Lhébreu écrit (comme lArabe pour
une bonne part) est une collection de consonnes,
entre lesquelles il faut deviner les voyelles,
tout juste suggérées par de petits signes. En
revanche, ces mêmes voyelles étaient
abondamment chantées.
- Stockhausen
ma appris que les voyelles et les
harmoniques étaient une seule et même chose.
Pour former une voyelle,vous modifiez seulement
le spectre harmonique de votre instrument vocal,
de votre ventre à votre bouche. La note peut
rester strictement la même, aaaa, oooo, iiiii,
ce qui change, cest seulement le contenu
harmonique. Remarquez au passage que personne ne
chante " faux " puisque tout
le monde sait prononcer les voyelles et entendre
les différences entre elles.
- Demandons-nous
maintenant ce qui se passe lorsquon chante
par exemple un mantra ? La tradition
indienne a mis au point, depuis la nuit des
temps, ces assemblages de très longues voyelles
se terminant par une nasalisation, comme dans le
célèbre ,
" aooouuuuuwwwwmmmmm ", et
laspire dans le
" mmmm ", ce son que
lon retrouve dans des mots dorigine
sanscrite comme mmmatière, mmmatrice, mmmère,
et qui représente le monde matériel.
- Une fois que vous
avez saisi cela, tout séclaire. Notamment
la différence entre langue parlée et langue
chantée. Quand vous parlez, vous emprisonnez les
voyelles entre des murs de consonnes très
serrés. Le divin est tout juste évoqué. Alors
que loooooorsqueeeee voooous chaaaaantez, les
vooooyeeeellles peeeeuuvent reeeespiiiirer
eeeeeentreeeeeee leurs peeeeeetiiiiiits
muuuuuuuuurs de cooooooonsooooonnes !
- N.C : Comme si
les mots se mettaient à vivre !
- J.P : Alors
seulement les voyelles peuvent déployer leur
magie ! Il ma fallu des années de
pratique du chant harmonique pour commencer à
comprendre. Quand vous prononcez une consonne,
vous faites vibrer vos os, votre squelette. Les
consonnes vous mettent en résonance avec le
monde matériel, le corps. Lorsque vous prononcez
une voyelle, cest lénergie autour de
vous, lénergie cosmique que vous modulez.
Chanter un mantra, cest donc dabord,
grâce aux voyelles, invoquer lEsprit,
longuement et voilà pourquoi les voyelles
sont sacrées pour finalement Lui demander
de bien vouloir influencer la matière, de
descendre en elle. Seules, les voyelles pures
vous feraient rester dans les nues. Il faut les
consonnes pour les faire entrer en contact avec
le monde.
- Faites lessai
sur vous-mêmes : tendez vos mains et
chantez mmmmmmmmm, vous sentez vos doigts
vibrer ? Maintenant dites aaaaaaaaaaaa,
oooooooooouuuuu, cest plus subtil, mais
net : lespace alentour se met à
vibrer à son tour.
- N.C : Vous
dites que nos ancêtres savaient cela ?
- J.P : Il y a
une immense tradition de chant des voyelles dans
le monde occidental. Quand on lit les textes,
cest très clair. Un Bernard de Clairvaux
par exemple, était hautement conscient de tout
ce que je vous dit là.
- N.C : Si
lon se tourne vers lavenir, que
pensez-vous de ceux qui, tels Marshall McLuhan,
pensent que, grâce à la télévision notamment,
nous allons revenir à un monde plus
acoustique ?
- J.P : Je pense
malheureusement que McLuhan se trompe lourdement.
La télévision est un instrument qui vous
vampirise, un trou noir qui aspire toute votre
énergie votre âme ! vous
transforme en zombi passif, juste linverse
de ce que vous procure le fait de chanter. Le
fait que nous, Occidentaux, installions des
postes de télévision dans toutes les parties du
monde où lon chante encore est une
terrible responsabilité.
- N.C : Est-ce
pour contre-attaquer que vous avez pris la
décision denseigner vos découvertes aux
autres ?
- J.P : Oui, un
peu. Je navais pourtant au départ nul
désir denseigner le chant. Mais quand vous
prenez conscience de limportance du besoin,
de cette immense soif de chanter que ressentent
de plus en plus de gens, vous ne pouvez refuser.
Cela fait 10 ans que janime des groupes de
chants. Jai été amplement récompensée.
Ce fut une bouleversante découverte. Plus
jai donné aux gens, plus ils sont venus à
moi et mieux jai compris de quoi il
sagissait. Vous navez pas idée de ce
que le fait de chanter peut libérer au fond des
êtres humains !
- N.C : Leur
arrive-t-il dexploser ? Ne vous
retrouvez-vous pas parfois à la place dun
thérapeute ?
- J.P : Il y a
des moments de libération énormes, oui, et vous
voyez des gens se métamorphoser. Mais ce
quil y a de merveilleux avec le chant,
cest que même dans ces cas là, le flot
émotionnel demeure harmonieux. Comme si chanter
était vraiment ce que la nature avait prévu
pour nous libérer de nos émotions, pour nous
re-centrer, littéralement pour ramener nos âmes
dans nos corps. Je pense que lâme est
vraiment notre part résonante.
- N.C : Que
pensez-vous de ceux qui tentent sans cesse de
" voyager hors de leur
corps " ?
- J.P :
Cest le genre de chose quil faut
absolument situer dans un contexte précis. Quand
les Tibétains se livrent à ces pratiques,
cest pour préparer le moment de leur mort,
ou pour aider quelquun qui meurt. Pour eux,
la mort offre une opportunité unique
dilumination. Il faut essayer de ne pas la
rater et intensément sy préparer. Mais
hors de ce contexte, je me méfierais plutôt des
expériences " hors corps ".
Je crains que la " gymnastique
astrale " ne soit une perte de temps.
Pour dissoudre les barrières entre les êtres et
les mondes, chanter me semble nettement plus
intéressant. Surtout chanter en chur, à
plusieurs. Cest la voie la plus rapide que
je connaisse pour faire fusionner plusieurs
personnes en un seul être. Et quand vous
dissolvez les barrières qui vous séparent des
autres, vous dissolvez du même coup celles qui
vous séparent des mondes invisibles, des
dimensions spirituelles. Chanter seul constitue
un yoga important chacun de nous résonne
suivant un son propre qui lui est absolument
personnel et autour duquel il plonge
profondément dans la découverte du Soi. Mais
chanter à plusieurs peut déplacer des
montagnes !
- N.C : Puisque
vous êtes la femme de Rupert Sheldrake, il ya
une question que lon brûle évidemment de
vous poser : quel rapport entre vos chants
(harmoniques) et ses champs (morphogénétiques)
à lui ?
- J.P : Je vous
disais que nous avions mené des quêtes
parallèles, à la recherche du secret des
formes. Rupert a finalement abouti à
lidée de résonance morphique, ce qui,
pour moi, ramène directement au son je
pense en effet que la nature résonante du monde
matériel est fondamentalement sonore.
- N.C :
Pense-t-il comme vous ?
- J.P : Rupert,
qui chante aussi beaucoup, utilise le son comme
une métaphore. Mais vous savez
au fond,
toute résonance est son. Jusquoù vous
pouvez lentendre, cela dépend de votre
degré de développement spirituel. Si vous êtes
éveillé, tout devient audible. Là où le
travail de Rupert me passionne en ce moment,
cest dans ce quil découvre en
étudiant les mantras à sa façon. Du point de
vue des champs morphogénétiques, lorsque vous
chantez un mantra, vous entrez en résonance avec
tous ceux qui lont chanté avant vous.
Sil se trouve parmi eux quelquun
ayant atteint un haut degré déveil dans
un certain domaine, vous pouvez en quelque sorte
bénéficier de sa découverte par résonance.
- N.C : Par
résonance sonore ?
- J.P : Vous
savez, en fait, nous ignorons ce quest le
son. Nous pensons quil sagit
dun mouvement ondulatoire se déplaçant
dans lair ou dans la matière, et que la
physique peut étudier. Mais en réalité, le son
sert de véhicule à autre chose. Voilà pourquoi
tous les sons ne sont pas audibles pour tout le
monde.
- N.C : Mais
encore ?
- J.P : Vous
connaissez les " attracteurs étranges
" : quand vous faites se balancer 2
pendules lun à côté de lautre,
même si leurs mouvements de départ sont très
différents, ils vont peu à peu se mettre en
phase, par résonance, nest-ce-pas ?
Eh bien, lorsque vous êtes en présence
dun être
" éveillé ", vous pouvez de
même, vous mettre en phase avec lui et par
résonance, entrer dans létat éveillé
où il se trouve. Cest ce que lon
appelle linitiation et vous
comprenez pourquoi elle ne peut seffectuer
que de personne à personne. Dans cet état de
résonance là, le son qui passe du maître à
l élève, de linitiateur à
linitié, ce son est totalement inaudible.
Et pourtant, il sagit toujours bien
dun son !.
-
- Propos recueillis
par Patrice van Eersel
- Copyright Jill
Purce
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